samedi 28 mars 2015

28-03-2015 06:00 - Conférence de presse Aziz : Comment Wadia a-t-il pu déstabiliser le président?


Mauriweb - En se prêtant au jeu de questions des journalistes, le président montre de plus en plus de fragilité. Sans doute éprouvé par son long voyage à l’Est et le constat intime que malgré tout, le pays marche à reculons; que les projets initiés cahin-caha ne sont qu’une goutte dans cet immense territoire où les mentalités sont encore vivaces et rebelles. 

Si dans les précédents points de presse, le président Aziz a su esquiver avec beaucoup de réussite les questions qui fâchent, dans ce dernier débat il a fait montre de beaucoup de fébrilité et de contradiction dans ses propos.

Après son self-contrôle, le président sort de plus en plus de ses gonds quand il se voit acculé. Malgré les tentatives de retenir son souffle, Mohamed Ould Abdelaziz qui, certainement, sent qu’il ne convainc plus son auditoire devient nerveux au point de susciter des guéguerres médiatiques inopinées.

Un président visiblement contrarié qui voit des ennemis partout

Dès l’entame de l’entretien, le président renvoie l’image d’un homme tendu. Fatigué ? Certainement. Sur le qui-vive, aussi. Le président n’assure plus et il est le premier à le sentir. Contrairement à ses premières sorties où il feignait une certaine aisance en accusant les coups, le président Aziz a d’emblée sorti ses griffes.

Les téléspectateurs étaient abasourdis par l’énervement du président pour « si peu ». En voulant marquer sa préséance, le président a marqué contre lui-même offrant une image d’anxiété à tous. Malgré les tentatives vaines de Sidi Ould Nemine à lui sauver la face, le président ne voulait pas s’en faire compter. Le trop plein d’autorité cache mal l’indisposition à la contradiction.

Difficile de jouer au démocrate ! Or, le débat n’avait pas encore commencé que le président -qui connaissait chacun de ses interlocuteurs- avait choisi d’ouvrir son feu contre le journaliste Ould Wadia qu’il savait proche de l’Opposition et surtout de Tawassoul.

Peut être qu’il sent le danger le plus imminent venir de ce côté ! Tapant de son poing sur la table, le président le priant une première fois de quitter l’assistance se rattrape et lui dit «"je te promets que tu ne poseras qu'une seule question et si tu n'es pas d'accord tu peux te retirer". Wadia rétorque qu’un deal avait noué avec le présentateur.

Excédé par cette réponse, Aziz réagit impulsivement et demande au journaliste de se retirer. Une autre voix (parmi les journalistes présents). «S’il est éconduit, nous nous retirons aussi ». On entend au fond le président Aziz« c’est votre problème, partez ». Sur ce, le président fait injonction au présentateur en arabe «coupes, coupes !» autrement dit « mets fin au direct ».

Le ton du président assure Sidi Ould Nemine de l’urgence de l’exécution. Ce fut fait par la régie qui retire au présentateur une épine du pied. Des minutes s’égrènent. Très longues avant que la reprise de l’émission n’ait lieu. 

Le décor et les apparences sont sauvés ! Tout le monde est là y compris Ould Wadia héro d’une nuit malgré lui. Mais le président Aziz est toujours excédé. Il ne parvient pas à camoufler son irritation. Le président semble ébranlé non seulement par l’attitude du journaliste, mais par l’ampleur des questions en suspens.

Le président malgré son aide-mémoire qu’il consulte se perd dans les chiffres et se retourne souvent vers ses collaborateurs pour confirmer ses propos. Le président fait montre de beaucoup de contradictions et pour une fois, les mauritaniens le découvre démuni de réponses tranchées. Les questions incisives du reporter de Wadia mais également du journaliste de TvSahel perturbent l’assurance du président. 

Tout y passe, grève de la Snim, la gestion des 400 milliards de ses profits, , l’échec de la lutte contre la gabegie, l’affaire Ould Baya dont il nie jusqu’à l’amitié; même le dialogue politique. Le président n’affiche pas de réponses claires. 

Il tente de noyer le poisson. Plus que tout autre, le président sait profondément que les mauritaniens ne s’emballent plus à ce discours démenti par les faits. Seule lueur d’espoir Aziz promet de ne pas tripatouiller la Constitution et dit vouloir achever son dernier mandat. Avec la promesse d’un audit de sa gestion. Une question à laquelle pourrait bien s’intéresser son successeur éventuel.

Mais le président essaye de se rattraper. Il tente même d’égayer l’atmosphère mais seul Sidi Ould Nemine pouffe de rire ! Nonobstant une dernière tentative de transformer son revers médiatique ; la récupération ne semble pas réussi. Le président était déstabilisé tout le long de la conférence de presse. Sidi Ould Nemine pourra dire « ouf » de soulagement après un risque de fiasco total de son émission, sauvée in extrémis. 

Le peigne fin auquel on soumet les conférences de presse du président pour choisir ses interlocuteurs ne l’a assurément pas prémuni de questions pas de son goût.

Source crédit :cridem.org

vendredi 27 mars 2015

27-03-2015 12:33 - Fraudes autour de pseudo cartes de membres d’IRA-Mauritanie

IRA-Mauritanie - Des cartes de membres portant les logo, appellation et sigle d’IRA-Mauritanie sont en circulations depuis quelques temps. Voulant profiter de la notoriété du mouvement, certaines personnes utilisent ces pseudo cartes pour appuyer des demandes d’asile politique en Europe ou en Amériquedu Nord.

Ces personnes prétendront, auprès des agences de protection des réfugiés et apatrides des pays d’accueil, fuir la persécution dont sont souvent victimes les militants d’IRA-Mauritanie.

Face à cette forfaiture, IRA-Mauritanie :

- Déclare n’avoir jamais émis de cartes de membres, les militants étant identifiés et localisés par les structures de base,

- Met en garde toute personne qui sera tentée de faire usage de ces fausses cartes pour en tirer un quelconque profit,

- Saisira les autorités des pays d’accueil pour les mettre en garde contre l’usage de pseudo cartes de membres d’IRA-Mauritanie par de potentiels demandeurs d’asile.

Néanmoins, Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie(IRA - Mauritanie) – organisation de défense de Droits humains, humaniste et universaliste, ne saurait faire d’amalgame. Elle soutient et continuera à soutenir les efforts du monde libre dans la protection des défenseurs des Droits de l’Homme en danger mais également toute personne, toute communauté ou tout peuple lésé dans ses droits et persécuté.

Nouakchott, le 13 mars 2014
La Commission de communication 

Source crédit :cridem.org

26-03-2015 23:25 - En DIRECT de la Présidence de la République : "Il n'y a aucun détenu d'opinion en Mauritanie" (Aziz)


Mauriweb - Le présidentAziz a soutenu, en réaction à une question de Ould Wadia au sujet des prisonniers d'Ira qu'il ne s'agit nullement de détenus d'opinion.

Pour le président Aziz,"l'affaire de Biram Ould Dah et cie est une affaire de justice tranchée". A ses yeux, les personnes arrêtées ont été jugées et condamnées en fonction de leur acte. 


Source crédit :cridem.org 

mercredi 25 mars 2015

Attentats en France | Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

Attentats en France | Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

25-03-2015 06:00 - Don du Professeur universitaire Ely Ould Sneiba aux grévistes miniers

Aqlame - Le Professeur universitaire et réputé activiste politique, Dr Ely Ould Sneiba a fait don aux grévistes miniers de la SNIM, de l’indemnité mensuelle inscrite au solde de son salaire de fonctionnaire public, à titre de subvention accordée par l’État à son jeune enfant.

Le don a été déposé dans un compte spécial ouvert au nom des employés de la SNIM, pour recevoir les contributions et aides financières accordées par des bonnes volontés aux grévistes miniers, confrontés à d’importantes difficultés socioéconomiques, depuis que leur Employeur la SNIM ait cessé de leur verser l’intégralité de leurs émoluments habituels.

« Etant fonctionnaire de l’État, bénéficiaire de 500 Um par mois, comme subvention accordée à mon enfant, j’ai dédié ce montant aux travailleurs grévistes de la SNIM autant qu’ils en auront besoin » a tweeté Dr Sneiba.

Traduit de l’Arabe par Cridem 

Source crédit :cridem.org

mardi 24 mars 2015

24-03-2015 06:30 - Conseil Représentatif des Soninko de Mauritanie : Déclaration

 CRSM - Le 29 mars 2014 s’est tenue à la case une assemblée générale regroupant des soninko toutes appartenances politiques confondues. Cette Assemblée générale a mis en place une commission qui a élaboré un document intitulé,«pour une redéfinition équitable du pacte fondateur de notre nation en construction» qui quelques mois après a été soumis à cette même AG pour validation et ventilation. Ce qui fut fait.

Suite à cette assemblée est crée le Conseil Représentatif des Soninko de Mauritanie. Après avoir publié à un communiqué de solidarité et de soutien aux défenseurs des droits humains, Biram Dah Abeid, Brahim Bilal Ramdhane, Djiby Sow et leurs compagnons arrêtés, jugés et condamnés dans des conditions que l’on sait. 

C’est alors que les éternels thuriféraires soninko de tous les pouvoirs se sont mis en branle. Ils ont multiplié des rencontres et réunions avant d’être reçus par le Président de la République. Ces suppôts du système ont depuis lors engagé une campagne grotesque de mensonge et de dénigrement dans l’unique but de mettre en mal le CRSM, la communauté soninké et le pouvoir en place.

Les réseaux sociaux font état depuis cette date d’une crise au sein des soninko. Au vu de cette situation le CRSM, fidèle à sa vision et à son ambition de mener à bien son combat pour une Mauritanie juste, démocratique et égalitaire, prend à témoin l’opinion et tient à préciser:

- qu’il n’a de problème avec personne en Mauritanie, encore moins avec un Soninké ou un groupe de Soninko ;

- qu’il s’élève contre le système de gouvernance de la Mauritanie ;

- qu’il continuera de défendre l’avenir de la Mauritanie et l’intérêt de tous ses citoyens, y compris ceux qui ne sont pas d’accord avec son discours et sa vision sur la marche actuelle du pays.

Pour dépasser cette situation, le CRSM demeure convaincu que seule la tenue des états généraux de la refondation de notre nation en construction permettra d’asseoir une Mauritanie plurielle, «décommunautarisée » et républicaine.

Nouakchott, le 19 03 2015
Commission de communication 

Source crédit: cridem.org

samedi 21 mars 2015

21-03-2015 15:10 - IRA-Mauritanie reçoit l’UNPO et défend ses thèses [PhotoReportage]

Quel procédé utiliser pour faire valoir son point de vue auprès du monde libre ? Ben, inviter de temps à autre des personnalités étrangères, des organismes réputés sérieux, leur en mettre plein la vue pour que ceux-ci aillent vendre nos thèses dans les grands forums internationaux et auprès des dirigeants du monde libre.

Par le passé, le stratagème a fonctionné avec la présidente de la Fondation Frantz Fanon qui n’est autre que Mireille Fanon Mendès-France, fille de Frantz Fanon. De retour en France après une visite en République Islamique de Mauritanie sur invitation du gouvernement, Mireille a clamé : «nous faisons une mauvaise querelle à la Mauritanie».

Ce stratagème-là va-t-il fonctionner avec l’Organisation des nations et peuples non représentés (UNPO) - dont le programme est axé essentiellement sur droits de l’homme, la démocratie, la non-violence... - qui a effectué récemment une visite en Mauritanie suite à une invitation de la part du gouvernement ? On peut en douter.

En fait de passage à Nouakchott, deux dirigeantes de l’UNPO en l’occurrenceJohanna Green et Iva Petkovic sont allées - le mercredi 18 mars - à la rencontre deS.O.S Esclaves COVIRE ; COREMI ; Touche pas à ma nationalité et IRA-Mauritanie.

La rencontre qui s’est déroulée chez Diop Amadou Tidiane - un dirigeant de l’IRA - a permis aux différentes organisations de donner leurs points de vue par rapport aux questions qui fâchent, comme on dit familièrement, à savoir l’esclavage, l’exclusion…

Boubacar Messaoud, d’entrée, a laissé entendre que l’esclavage est une réalité quoique les officiels prétendent le contraire. Il a estimé que le combat d’IRA-Mauritanie est pertinent dans la mesure où «il déconstruit la philosophie sur laquelle repose la pratique de l’esclavage».

Boubacar ira plus loin en présentant en filigrane l’acte d’incinération des manuels dits de rite malékite accompli par Biram Dah Abeid en avril 2012 comme étant un acte salvateur.

«Au départ, on s’était opposé à l’acte d’incinération des manuels mais avec le temps, nous avons compris que l’Islam ne légitime pas l’esclavage, nous avons compris que la religion a été instrumentalisée », dit-il tout en mettant en garde ses interlocutricesJohanna Green et Iva Petkovic contre les thèses du gouvernement qui nie l’existence de l’esclavage en République Islamique de Mauritanie.

Pour sa part le docteur Alassane Dia, président de Touche pas à ma nationalité, a dénoncé - dans un même élan – «le déni d’humanité (l’esclavage), le passif humanitaire et le déni de citoyenneté dont le recensement des populations est la preuve la plus patente».

«Le recensement est un prolongement, une continuation du génocide des années de plomb…nous l’avons combattu, nous continuons à le combattre, parce que ce recensement inique continue aujourd’hui encore et de plus belle », dit-il. 

Il a laissé entendre que «la gestion de la cohabitation entre les différentes communautés posent problème », que «les registres de l’Etat civil sont ouverts à des étrangers qu’ils soient Sahraouis ou Touaregs du Mali alors qu’on interdit aux Noirs de Mauritanie de se faire recenser». Et d’ajouter : « c’est cela que nous combattons et nous souhaitons que nos voix soient entendues». 

Ahmed Wadi-a, journaliste engagé, a affirmé pour sa part que «le problème de la cohabitation est un problème sérieux ». Il a déploré le fait que les régimes qui se sont succédés à la tête du pays n’aient pas reconnu le problème. 

«Haidalla a reconnu l’esclavage mais l’a légitimé, Ould Taya l’a passé sous silence. Azizdit qu’il n’y a pas d’esclavage. Et dans un pays quand le président dit qu’il n’y a pas d’esclavage, aucun commissaire n’osera arrêter un coupable pour pratiques esclavagistes, aucun magistrat n’osera condamner pour pratiques esclavagistes», dit-il.

Pour Wadi-a, les coupables de pratiques esclavagistes bénéficient de la complicité des autorités. Le journaliste a déclaré en substance que la question de la lutte contre les injustices doit concerner tous les Mauritaniens. 

Enfin, il a déploré le fait que l’Occident ménage bien souvent les régimes qui bafouent les droits humains, cela pour préserver ses intérêts. L’UNPO ira-t-elle s’aligner sur les thèses de S.O.S Esclaves ; COVIRE ; COREMI ; Touche pas à ma nationalité et IRA-Mauritanie ; Ahmed Wadi-a ?

Ou prendra-t-elle fait et cause pour les thèses officielles ? Une chose est sûre en invitant cette organisation à visiter la Mauritanie, il semble bien que le gouvernement ait rendu un fier service aux anti-esclavagistes réunis sous la bannière de S.O.S Esclaves mais aussi à ceux réunis sous la bannière d’IRA. Car après tout, IRA est bien membre de l’Organisation des nations et peuples non représentés (UNPO).

SC 
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Crédit source: cridem.org

Procès dans l'affaire de la mosquée saoudienne: condamnations des militants de IRA

20 March, 2015 - 16:24

Brahim Jiddou, Yacoub Inalla et Sabar Ould Houssein ont été condamnés respectivement à six, cinq et Sept mois de prison ferme, après la délibération de la la Cour Correctionnelle du tribunal de Nouakchott. Le parquet avait requis deux ans de prison ferme et 60 000 UM d’amende pour chacun. Lors de ce procès, les avocats des militants d’IRA ont démontré «  le caractère purement politique des réquisitions de l’accusation ». Signalons que les militants d’IRA étaient jugés, depuis le 5 mars dernier. Ils avaient été arrêtés le 24 octobre 2014, à la suite d’une « excomunication » prononcée à leur encontre par le grand mufti de la République, grand propriétaire terrien et « esclavagiste à ses heures », à en croire IRA.

Cette affaire remonte au vendredi 24 octobre 2015. En ce jour de grande prière hebdomadaire et alors que Biram Dah Abeid, président d’IRA, avait organisé quelques jours auparavant une conférence de presse où il présentait l’Appel des élus et associations citoyennes de Chicago (USA) fustigeant la persistance de l’esclavage en Mauritanie et la permanence du double discours des autorités mauritaniennes sur cette question, l’Imam Ould Lemrabott, avait attaqué frontalement l’organisation anti-esclavagiste en qualifiant ses membres de « cinquième colonne du judaïsme et de l’impiété en Mauritanie ». Ould Lemrabott a appelé les autorités à « défendre l’Islam contre ses ennemis » en spécifiant la leicité du meurtre de Biram.

« Suite à cette charge sans précédent dans un lieu aussi solennel, Brahim Jiddou, surnommé « l’imam d’IRA » et qui, lui aussi, est versé dans les sciences islamiques, interrompit le Mufti en lui retournant accusations et compliments. S’en suivit l’intervention des fidèles qui se sont scindés en deux camps. C’est dans la soirée de ce vendredi que des membres de la police politique vinrent arrêter les militants d’IRA. Les premiers interrogatoires au commissariat de police de Tavragh Zeina cherchaient à « clarifier » les liens supposés entre IRA et la classe politique afro-américaine », indique IRA. Le lendemain, le sit-in organisé par d’autres militants d’IRA devant le commissariat de police fut violemment dispersé. Deux autres militants seront interpellés et jetés en prisons à cette occasion.

 

 Ce procès démontre, fait remarquer le mouvement abolitionniste, l’influence des Uléma du pouvoir qui sont capables « d’excommunier» des fidèles et de les jeter en prison alors que la contestation des prêches dans la Mosquée est une pratique très répandue et tolérée. Il démontre aussi la panique du gouvernement de Ould Abdel Aziz des connections qu’IRA a établies avec le mouvement abolitionniste mondial notamment dans les pays occidentaux ».

Crédits source: lecalame.info


vendredi 20 mars 2015

20-03-2015 11:54 - Les avocats d’IRA sont revenus sur bien des vérités amères

L'Authentique - Le Fonadh a abrité mardi 17 mars 2015, une conférence de presse bien animée, en présence de quelques membres du collectif des avocats du mouvementIRA, Me Ebetty, Mohamed Lemine Moussalem, Ould Ahmed Miské, entre autres. Les militants récemment libérés étaient aussi de la partie ainsi qu’une bonne quarantaine de partisans d’IRA.

Marième Mint Cheikh Dieng, l’une des récemment libérées a déclaré avoir été internée à la prison des femmes qui compte selon elle, présentement, 33 femmes, dont 20 hartanyates, 4 Halpulaars, 3 négro-mauritaniennes, 3 étrangères et 3 mauresques. Ces dernières selon elle, ne sont pas là à cause d’une décision de justice, mais par la volonté de leurs parents qui les ont placées en prison pour les punir à cause de certaines déviances.

Elle a déclaré que la prison n’est pas la solution pour taire les revendications sociales et qu’elle continuera son combat, prête de nouveau, selon elle, à consentir d’autres sacrifices pour la cause pour laquelle, elle est engagée ; Pour Yacoub, le deuxième militant libéré, la prison civile de Nouakchott est une usine de fabrication de délinquants, notant la présence de 178 mineurs, dont 170 jeunes haratines qui sont en train d’être formés selon lui, par les grands délinquants avec lesquels ils partagent leur séjour carcéral.

Me Ebetty a déclaré pour sa part, être depuis trois jours et trois nuit d’affilée balloté entre studios de télévision et salle de conférence, sur des sujets en rapport avec la liberté d’expression, les prisonnies de Guantanamo et le sort de détenus d’opinion. Pour lui, le sort des militants d’IRA permet de tirer trois leçons.

Un, aucune preuve de violence n’a pu être établie à l’encontre des détenus, précisant que les avocats ont demandé à la cour de leur présenter une pierre qui a été jetée, une chemise d’un élément des forces de l’ordre déchirée, ou un bouton arraché. La cour selon lui n’a pu apporter la moindre preuve de violence, c’est pourquoi, dira-t-il, les charges relatives à ce volet ont été abandonnées. 

Deux, la Mauritanie continue à se référer à une loi datant de 1964 organisant les associations, en déphasage totale avec les conventions internationales signées qui garantissent la liberté d’expression, d’association et de manifestation. Et ce serait sur la base de cette loi caduque de 1964 que Birame, Brahim et Diby auraient été jugés et condamnés. 

D’où la gêne ressentie par l’Etat mauritanien, selon lui, face à la charge du responsable du Haut conseil des Nations Unies des droits de l’homme de Genèvequi a appelé récemment la Mauritanie à ses responsabilités sur ce point. Trois, Me Ebetty trouve scandaleux que les avocats n’aient pas pu avoir accès, deux mois après le procès de Rosso, au dossier des détenus. Selon lui, la cross du verdict serait parvenue depuis le 25 février à la Cour d’Appel sans qu’ils en aient été informées. 

Me Moussalem a circonscris son intervention, purement technique avait-il averti, au dossier des trois détenus de Nouakchott, Dr. Saad, Marième et Yacoub. Il trouve que le dossier était vide et que la condamnation à 1 an avec sursis des prévenus exprime la gêne des autorités judiciaires, qui ne pour ne pas perdre la face et ne pas tomber également dans l’excès, ont libéré tout en condamnant, même si c’est par sursis. 

Il a tenu cependant à saluer la clairvoyance de la Cour et sa lecture parfaitement équilibrée du dossier. Selon lui, les avocats ont fait néanmoins Appel à la sentence car ils pensent qu’ils doivent être acquittés. Selon lui, il y a une contradiction entre le procès de Rosso et celui de Nouakchott

Rosso, dira-t-il, l’accusation d’appartenance à une organisation non reconnue a été abandonnée à la décharge de Birame et de ses compagnons, pour ne retenir que la « rébellion non armée » terme aussi ambigu qu’inexistant dans le code pénal, alors que les prévenus d’IRA à Nouakchott ont été condamnés pour appartenance à une organisation non reconnue, alors que les charges liées au rassemblement non autorisé ont été abandonnées.

Me Moussalam dira par la suite que sur le plan purement théologique, rien ne justifie la pratique de l’esclavage dans l’Islam, soulignant que la religion est venue pour libérer les gens et les extraire de l’obscurantisme vers la Lumière. Il dira que le Prophète (PSL) est mort sans laisser derrière lui un seul esclave, que Zeyed qu’il avait parrainé, et qui est le seul compagnon dont le nom figure dans le Coran, il lui avait donné sa propre cousine comme épouse. 

Oussama, d’origine captive, a aussi commandé les armées musulmanes, coiffant les plus prestigieux compagnons, dont Omar et Abu Bakar, de rang social plus élevé que lui,. Enfin, il dira que le combat que mène IRA n’est pas la seule affaire des Haratines, ni des seuls Mauritaniens, mais qu’il interpelle l’Humanité dans son entier, car c’est un combat pour l’égalité, l’équité, la justice et la paix sociale. 

Un autre avocat s’attaquera à certaines chaînes de télévisions et à des journalistes qui dans leur couverture du procès des militants d’IRA ont fait de l’amalgame, tronquant les termes d’accusation. Ils ont parlé de condamnation pour extrémisme et division, alors que de telles charges n’ont jamais été évoquées, selon lui, par aucune juridiction à l’encontre des militants. 

Il a invité les journalistes à plus de professionnalisme et de fidélité par rapport aux faits. La conférence de presse s’est achevée par un speech du Dr. Saad Ould Louleid, qui a tenu à préciser que le mouvement IRA reste fidèle à son combat, et que rien ne le détournera de ce combat, ni emprisonnement, ni répression.

Cheikh Aidara

Crédit source :cridem.org

jeudi 19 mars 2015

15-03-2015 11:54 - Exclusif : Jemal Ould Yessa s'exprime après 7 ans de silence...

Chezvlane - Chose promise, chose due. Comme je l’annonçais l’autre jour, j’ai rencontré mon cousin Jemal à Abidjan et il a accepté de répondre à quelques questions. C’est une interview A.O.C. Ce genre d’interview, dont l’Appellation est d’Origine Contrôlée, comme celle d’Ahmed Ould Cheikh à l'inquisitrice Irabiha, consiste à ne pas mettre en difficulté l’interlocuteur ou le client, c’est selon… 

Il faut se contenter de poser les questions qui ne fâchent pas vraiment à la différence qu’il n’y a pas aujourd’hui de silence criminel pour soutenir une corde qui réclame un pendu, fût-il innocent...

1- Chezvlane : Jemal Ould Yessa, vous avez été connu, d’abord par vos écrits et votre engagement contre ce que vous appelez « la domination ou l’hégémonie ethno-tribale ». Depuis la fin des années 1980, vous ne cessez de dénoncer, pêle-mêle, le racisme contre les communautés noires, l’esclavage, l’impunité et la privatisation de l’Etat par des clans qui se partagent le pouvoir, à tour de putsch, parfois « de manière rotative » (l’expression est de vous). Vous ne cessez de prédire l’effondrement de ce système mais aussi la dislocation de la Mauritanie.

Ai-je bien résumé votre parcours ?

Jemal : Plus ou moins….

2- Chezvlane : Alors, qui êtes-vous ? Un provocateur professionnel, un éternel adolescent en politique, un opposant aigri ?

Jemal : Je me définirai par le terme « lanceur d’alerte », hélas pas plus écouté queCassandre. La provocation, l’aigreur et l’adolescence relèvent de l’appréciation relative et variable ; peut-être qu’il y a, en chacun d’entre nous, un peu de tels défauts. Chez nous, l’art de gouverner se confond avec la feinte, la triche sur temps, bref l’évitement des ruptures sans lesquelles aucune société de ce bas-monde n’évolue. 

Nos intellectuels organiques excellent dans la justification du fait accompli et s’ingénient à se concilier les bonnes grâces du Prince ou, celles, moins rentables, de la rue. Sur les problématiques de l’esclavage et du racisme que vous citez en exemple plus haut, tout a été dit ; le diagnostic est établi. Les solutions, prévisibles et de bon sens ne font défaut : parler, comprendre, rendre justice. A part l’amorce durant l’intermède du très prudent Sidi Ould Cheikh Abdellahi, nous sommes vite retombés dans l’occultation, le déni, associés au bricolage d’arrangements ponctuels. Et revoici la Mauritanie, de retour dans la rubrique des détenus d’opinion et de conscience : Mohamed Ould Mkhaitir, Birame Dah Abeid et ses co-accusés, Djiby Sow et d’autres dont l’état de santé autorise quelque crainte...

3-Chezvlane: A propos d’esclavage, quels sont, d’après-vous, les signes d’un début de « normalisation » ?

Jemal : Quand les descendants d’esclaves épouseront les filles d’anciens maîtres, sans susciter le scandale, nous aurions franchi un pas décisif dans l’égalité. Je choisis cet exemple, pour souligner la dimension symbolique du défi.

4. Chezvlane : Votre pessimisme habituel sur l’avenir de la Mauritanie, le maintenez-vous ?

Jemal : Il ne s’agit pas de pessimisme mais de lucidité. Oui, je le maintiens, dans les termes que j’exprimais en 2006, à la faveur d’une tribune dans le journal sénégalais Sud Quotidien, sous le titre fantaisiste « sur la dune un peuple averti ne vaut rien ».

5.Chezvlane : L’article paraît bien prémonitoire mais n’est-ce pas une qualité un peu étrange chez un descendant de guerrier ?

Jemal : Oh, peu importe l’auteur et ses déterminismes ; l’essentiel est dans la détérioration constante des équilibres écologiques et sociaux du pays. Et, encore, 2006 ne nous n’étions assez instruits de la menace jihadiste.

6. Chezvlane : Oui, l’on sent que le sujet vous obsède….

Jemal : Oui, je vous le concède…

7. Chezvlane : Pourquoi ?

Jemal : Le wahhabisme, alimenté par l’argent des pétromonarchies du Golfe, s’est implanté en Mauritanie, depuis la fin des années 1970 ; la majorité de nos notables religieux sont devenus les agents propagateurs de cette idéologie du pouvoir, certains par conviction, d’autres - sans doute la plupart - en toute vénalité ; le salafisme constitue l’étape ultime vers l’achèvement de l’islamisme politique. A présent, la société mauritanienne est parvenue à un stade de maturation où le passage à l’acte jihadiste connaîtra un essor sans précédent et s’exportera vers le voisinage immédiat.

8. Chezvlane : Pourtant, les autorités mauritaniennes multiplient les initiatives pour sauver l’Islam de la paix et en favoriser l’audience par les jeunes…

Jemal : Trop tard, le dégât, irréversible, est fait. A force de surenchère avec les islamistes sur le terrain de la répression et de l’intolérance, les pouvoirs publics ont participé à la dissémination du wahhabisme, au détriment des confréries soufies, davantage tournées vers la spiritualité ; à ce jeu-là, les barbus gagnent toujours. L’original déclasse la copie. Au lieu de distiller des valeurs de civisme séculier et de cultiver la résistance à l’obscurantisme, les gouvernements successifs, par facilité, paresse, populisme ou négligence, ont finalement abdiqué la vertu cardinale dans l’art de gouverner : ils sont cessé de prévoir, d’anticiper, d’observer au-delà du lendemain. Nous le payerons, tous, cher, très cher, à l’image du Mali, du Nigéria ou du Niger.

9. Chezvlane : Mais notre contexte est différent des situations que vous citez…

Jemal : En quoi ? Croyez-vous que nous n’avons pas nos Daesh et nos Boko Haram? Ils sont là, de moins en moins tapis à l’ombre des mosquées. Ils agissent au grand jour, menacent ici, excommunient là, interdisent ceci, défendent cela, de plus en plus prompts à l’appel au meurtre, contre des civils sans défense ; leur incitation constante à la haine relève, à présent, de la vulgate. 

Ils violent la loi mauritanienne sans répit mais nul ne s’avise de les interpeler en conséquence, parce que l’environnement ne possède plus les facultés de distinction entre religion et dogmatisme. Parmi le bloc historique, c’est-à-dire l’ensemble arabo-berbère, le rapport des forces ultérieur à la guerre de Charr Bebbes’est inversé. Aujourd’hui et sans l’effet d’aucun engagement militaire, la perspective d’un Etat théocratique est à portée des successeurs de Nasr Eddine. Le jihadisme mauritanien constitue le bras armé de cette revanche sur l’histoire, dans un contexte international bien plus favorable qu’au 17 ème siècle. A moins d’une guerre civile ou d’un putsch de « rectification » à l’égyptienne, la Mauritanie est en train de parfaire son statut de potentielle Talibanie sur le Continent.

10. Chezvlane : Quelles preuves de ce que vous avancez ?

Jemal : Ouvrez les yeux ou sortez un peu plus souvent du pays et prenez de la distance. Observez la saturation de l’espace public par l’obscurantisme, la manie du Takfir, regardez l’effritement de l’esthétique et des référents fondateurs de laMauritanie, au profit du rigorisme wahhabite. Même dans notre mode de consommation urbain, notre rapport à la vie, à l’habillement, aux distractions, nous ne cessons de copier le Machrek, gommant ainsi notre identité de peuple mulâtre, produit de brassages millénaires, héritier des empires du Sahara et du Sahel

Autre exemple, considérez, je vous prie, l’impossibilité d’organiser un défilé de mode ou un concours de danse traditionnelle. A chacun de ces projets, l’on vous objectera l’indécence d’exposer ainsi les hommes à la tentation du corps féminin. Plus personne n’ose s’élever contre la menace physique, à l’exception de quelques rares militantes des Droits de l’Homme ; je tiens, à nommer, ici, Mekfoula Mint Brahim, Aminetou Mint El Moctar et Fatimata Mbaye. 

Des associations de promotion citoyenne et une nouvelle génération de jeunes activistes arabophones maintiennent encore la flamme de la résistance. L’affaireOuld Mkheitir et les manifestations qui l’ont accompagnée et suivie ont démontré combien l’Etat mauritanien s’est piégé dans sa concurrence au zèle islamiste. Vous avez vu et entendu des hommes de foi, exciter le peuple à la destruction, un individu s’est permis de promettre une prime à qui assassinerait l’ « apostat », des foules, hors de tout contrôle, ont intimidé des avocats, menacé de mort des journalistes, des militants de la dignité humaine. Des biens furent pillés ou détruits, de jour, sans qu’aucun auteur ou commanditaire n’en répondît devant la justice.

11. Chezvlane : Justement, au sujet de Ould Mkheitir, que pensez-vous de sa condamnation à mort ?

Jemal : J’en ai honte, pour la Mauritanie et les mauritaniens, comme je déplore le silence retentissant de mes compatriotes intéressés à la chose publique. Je n’ose parler d’ « intellectuels ». Qu’il me soit permis, ici, de rendre hommage à quelques auteurs de tribunes rares en faveur du prévenu. Parmi eux, je retiens l’excellente contribution de Abdul Lo Gourmo. Les personnalités politiques – hormis une infime minorité dont Moustapha Ould Abeiderrahmane - se sont aplaties devant le chantage wahhabo-salafiste.

12. Chezvlane : Comment expliquez-vous ce mutisme et cette résignation ?

Jemal : Nous avons assisté à une série de présumées profanations du Coran, jamais élucidées mais qui se sont conclues par une tentative de prise de pouvoir, de type insurrectionnel, dans les jardins de la Présidence. Depuis, je n’ai lu d’analyse critique, ni de bilan, susceptible de rendre, à l’évènement, toute sa portée prédictive. Comme d’habitude, l’on est passé à une autre intrigue, entretenant une longue jurisprudence d’amnésie et d’impunité. Pourtant, il y avait de quoi s’inquiéter pour l’avenir commun et prendre le temps de suggérer un nouveau consensus. Au lieu de discuter, de se confronter à la question du rapport de la religion et de l’Etat, l’on se contenta de tourner la page, incapables d’en tirer les leçons. Voilà, dans le domaine politique, l’improvisation et le dilettantisme coûtent un intérêt exorbitant, autant la créance est différée.

13. Chezvlane : Quel jugement portez-vous sur la méthode ?

Jemal : Oui, il fallait « préserver l’ordre public », au prix d’une banalisation de la violence religieuse. L’audace des apprentis jihadistes n’en a qu’augmenté. Cette succession de déroutes et de lâchetés vient nourrir les exactions de demain. C’est juste une question de temps. Pour l’instant, vous pouvez tout commettre, enMauritanie, y compris régler des comptes très temporels, tant que vous prétendez agir pour le triomphe de la foi.

14. Chezvlane : Ce que vous décrivez, est-il si nouveau que cela ?

Jemal : Nous étions des musulmans paisibles et aptes au bonheur, avant qu’une junte militaire ne nous impose sa Charia, une réforme du code pénal de pure hypocrisie, désormais en vigueur mais inapplicable, malgré le bref apprentissage, sur des cobayes noirs, de la peine de mort et des mains tranchées. Dois-je vous rappeler ce que notre pays était ? Une terre de contrastes, de diversité, certes cultivée à la sueur des esclaves mais, jamais, une théocratie ne s’y enracina dans la durée, des Almoravides à El Hadj Omar Tall.

J’ai vécu mon enfance nomade dans un campement où l’on appelait à la prière tandis qu’à proximité, quelques tentes plus loin, le voisinage s’adonnait à une noce bruyante, au son de l’Ardine, de la Tidinit et du Tbol. Les plus pieux se retiraient de la fête pour se prosterner vers la Mecque ; les autres dansaient encore, chantaient et riaient. Il n’a jamais été question d’interroger leur foi, encore moins de les soumettre à un châtiment. Chacun allait, dans la vie, avec son propre fardeau, ses joies et espérances. 

Et dans la Mauritanie des mollahs, la presse fit écho, en 2011 ou 2012, d’une cérémonie salafiste où des griots, sous la menace de rôtir dans les flammes éternelles, acceptèrent de se repentir, de leur métier, en public. Est-ce que vous soupçonnez seulement, l’énormité du pas ainsi franchi sur la voie de la déculturation et de la dissolution du patrimoine artistique, donc de la mémoire ?!! Les griots sont l’âme de la Mauritanie ; aussi fallait-il piétiner celle-ci, pour mieux déraciner, en chacun de nous, la moindre velléité de résistance, sur le chemin des philistins, vers la conquête du pouvoir. Le fanatisme, avant de recruter ses poseurs de bombes, se doit d’aplanir le terrain culturel, de l’appauvrir de toute aptitude à se souvenir, rire et oser. Les lecteurs de Georges Orwell imaginent l’angoissante perspective.

15. Chezvlane : Vous avez milité pour la participation des islamistes au jeu électoral…un regret ?

Jemal : Non, aucunement ! Il y a des démocrates parmi eux et des personnes de valeur. Après tout, le pluralisme comporte sa part de risque ; le peuple a le droit de choisir le pire…et d’en assumer les implications.

16. Chezvlane : Après des années d’asile en France, vous avez été amnistié en 2005 au lendemain du coup d’Etat contre Ould Taya. Qu’est-ce qui vous empêche de mettre un terme définitif à votre exil et peut-être d’envisager une charge élective?

Jemal : Je ne suis plus réfugié politique mais fonctionnaire international. A ce titre, je rentre en Mauritanie quand les impératifs professionnels me le permettent. Si vous m’exhortez à quitter mon travail actuel pour m’installer au pays, je crains de devoir vous décevoir. Les conditions d’une vie digne varient d’une personne à l’autre. Les miennes, pourtant peu exigeantes, n’y sont encore garanties. Me présenter à une élection en Mauritanie ? Voyons, ne jouez pas au naïf ! Vous savez bien que certaines convictions ne prédisposent pas au suffrage.

17. Chezvlane : Alors, est-ce à dire que vous resterez en marge du pouvoir ?

Jemal : Et alors, ce ne serait pas la fin du monde, ni même un motif de pleur. Peut-être oui, peut-être non ; parlementaire, conseiller, ministre ne sont-ce pas, là, des titres bien dévalués en Mauritanie ? S’il faut les acquérir par le biais d’un renoncement, le galon vaut-il la courbette ? Je crois que non.

18. Chezvlane : Donc vous préférez gratter le papier d’une organisation internationale plutôt que de vous salir les mains en servant votre pays ?

Jemal : Oui, de toute évidence. Est-ce un grief aussi monstrueux ?

19. Chezvlane : Non, non, respectons les règles de l’entretien. Les questions me reviennent.

Jemal : Vous n’avez qu’à ignorer certaines réponses.

20. Chezvlane : Bon, revenons au fond. Jusqu’ici, vous ne formulez aucune critique à l’endroit du Président Aziz, vous ne dites rien du dialogue entre l’opposition et le pouvoir?

Jemal : Je suis astreint à une obligation de réserve. Le contrat que j’ai signé avec mon employeur me défend d’émettre une opinion partisane sur la gestion de mon pays. Je n’entends y déroger et ajoute, tout de même, que votre interrogation me laisse perplexe, au regard des thèmes abordés plus hauts. Le sujet que vous soulevez me semble bien secondaire.

21. Chezvlane : Et si le Chef de l’Etat vous appelait à de hautes fonctions, avec la marge de manœuvre suffisante ?

Jemal : Très peu probable mais non, merci, je ne suis pas preneur. Votre « marge de manœuvre » me fait doucement sourire. 

22. Chezvlane : Une dernière question, plus personnelle, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Jemal : Plusieurs me viennent à l’esprit : garde-forestier par passion des arbres, meneur d’une révolte d’esclaves, redresseur de tort raciste, forgeron-orfèvre de talent, chanteur et musicien.

23. Chezvlane : Encore une, êtes-vous conscient que cette réponse peut choquer ?

Jemal : Oui, sans doute et tant pis ; après tout, je reste un homme libre, tant que Dieu me prête vie.

24. Chezvlane : Merci d'avoir accepté ce premier entretien après des années de silence

Jemal : C’est moi qui vous remercie. 

Crédit source: cridem.org